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Découvrir que l’on a une sœur est quelque chose de troublant. Mais découvrir que sa mort a permis la naissance de sa personne, est un choc tout autre. Pour aller de l’avant, Annie Ernaux lui adresse une lettre. Laurence Mongeaud donne vie à ces mots sur scène.

La petite fille profite en toute innocence jusqu’au jour où elle entend une drôle de phrase de la bouche de sa mère : « Elle était plus gentille que celle-là ». Les interrogations au début fusent avant de comprendre qu’avant elle, il y avait une enfant, une autre petite fille. En effet, elle est plutôt intrépide avec le diable au corps. Involontairement, elle est tout le contraire de l’autre. Toutefois comme elle, une maladie rare a failli l’emporter. Mais la mort n’est pas venue l’emporter. La fougue continue à dicter sa vie même si avec le temps la sagesse la gagne. Une longue réflexion sur sa jeunesse, le rapport à ces parents, à l’histoire de France se dévoile devant nos yeux. Toute pudeur gardée tout de même. On ouvre son cœur et ces émotions, ce n’est pas une raison pour que les curieux y jettent un regard voyeur. Les mots deviennent un partage de ressentie, d’une épreuve face au temps.

©DR

La scénographie et la mise en lumière de Nadia Rémita et Pierre Pannetier trouvent un juste écho au texte d’Annie Ernaux. Sur scène, les lettres du mot gentille s’affiche avec des photographies d’un autre temps comme celle du bébé Cadum. Un mot fort car c’est lui qui créer le tourment d’une enfant maintenant devenue adulte. D’autant plus que quand on change les lettres de place, le prénom Ginette, cette sœur inconnue, apparaît. Pour les lieux importants, des livres marquent l’emplacement d’une tombe. De la mémoire reste des écrits, une belle image d’un sépulcre familiale. Des livres qui servent aussi d’endroit pour écrire, l’histoire est en train de se faire, de naître. Cela n’engendre pas que des moments de quiétude. La colère et le désarroi eux aussi s’expriment. Ils se font entendre grâce à de la musique électronique, des lumières vives et la prise de parole au micro. Cette dynamique prend vie grâce à l’interprétation de Laurence Mongeaud. Elle devient cette femme qui ressent le besoin de dire, de partager cette histoire secrète. « Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive ».  Une interprétation pleine de fougue, d’émotions et de fragilité qui nous touche et nous emporte pendant plus d’une heure.

©DR

Une incursion dans la vie d’une femme en quête d’un apaisement face à une sœur inconnue.

Où voir le spectacle?
Studio Hebertot 
78 bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris

jusqu’au 18 juin 2019

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