Annie Ernaux est fille unique. Du moins, c’est ce qu’elle croyait jusqu’au jour où sa mère a prononcé une terrible phrase “Elle était plus gentille que celle-là”. Des années plus tard, elle décide d’écrire à cette soeur inconnue.

Deux ans avant sa naissance, les parents d’Annie Ernaux avaient une autre enfant. Une fille qui est morte à l’âge de 6 ans de la diphtérie. Une cousine lui avaient dit que ces parents avaient eu une petite fille avant elle. Mais elle n’avait jamais tenu compte à ces histoires. Puis un jour sa mère prononce une phrase pas si anodine qui retient toute son attention : “Elle était plus gentille que celle-là”. Et cette dénomination « celle-là » ne peut que la concerner. Alors qui pouvait être l’autre? Les indices se trouvent ici et là. Elle porte le même cartable, dort dans le même lit. Elle marche dans les même pas de cette petite fille dont elle n’ignore tout. Le secret de son existence deviendra plus concret lorsqu’elle sera adulte. Il faut qu’elle lui écrive, qu’elle apprenne à la connaître, à la découvrir… La souffrance que ces parents ont du ressentir face à la mort de leur enfant en période de guerre a du être terrible. Ce sentiment est d’autant plus fort quand a son tour elle est devenue mère.

Annie Ernaux possède une écriture dense, intense, forte avec des phrases courtes. Marianne Basler donne toute sa force, sa sensibilité, sa témérité à prendre l’identité de l’auteure. Elle devient cette femme qui s’interroge sur son identité à travers celle d’une autre inconnue. A t’elle exister pour remplacer celle qui a disparu? Est-ce qu’il faut aller apprendre à exister dans l’absence de l’autre? Puis entre les souvenirs qu’elle a pu récolter ici et là, une révélation se fait à elle. «Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence». On se laisse porter au coeur du tourment affectif. Les vibrations dans sa voix nous transmettent ces fêlures. Certains spectateurs ne peuvent pas s’empêcher de pleurer. Son jeu est d’une précision et d’une netteté troublante. D’autant plus, que son physique se rapproche étonnement de celui de l’auteure. La mise en scène sobre et efficace de Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin contribue aux émotions provoquées. Elle souligne avec élégance ce monologue intime où juste un bureau avec quelques livres et un porte sont nécessaire. Nous sommes au coeur de la création, là où les mots deviennent récit.

Marianne Basler donne vie à la voix intérieure d’Annie Ernaux et nous bouleverse. Un spectacle plein de sensibilité et de douceur dont on ne peut en ressortir indemne.

Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *