Le nom de Jean Zay vous évoque vos anciens cours d’Histoire ou la récente entrée de ces cendres au Panthéon. Mais que savez-vous des derniers jours de cet homme qui croyait en la liberté et la notion de nation ? François Patisser et Gérard Salmon vont vous le faire rencontrer.

De nombreux lieux culturels portent le nom de Jean Zay. Mais peu de personnes se souviennent de l’histoire de cet homme, injustement condamné et sauvagement exécuté. La compagnie Engrenage Théâtre a décidé de redonner vie à cette personne importante qui a toujours combattu pour la paix, l’égalité et la culture pour tous. Il a fait en sorte que les enfants aillent à l’école jusqu’à 14 ans, à participer à la création du festival de Cannes, à restructurer le théâtre publique comme la Comédie Française… Sans oublier ces faits de guerre où jamais il n’a hésité à aller sur un champ de bataille.

@Gabriel ALbold

Alors quand le gouvernement lui demande de prendre un bateau pour mettre en place la résistance au Maroc si l’Armistice n’est pas signé, il n’hésite pas une seconde pour embarquer sur le Massilia. Il pensait bien faire avec les autres membres du gouvernement concerné et leurs famille. Mais voilà, c’était un piège grossier pour éliminer certains opposants au régime de Vichy avec un Pétain collaborateur. L’armistice est signé et les membres du gouvernements restent enfermés dans le bateau en attente d’une décision de leur sort. Ils vont être ramener en France. Même si chaque politique est incriminé du même crime : désertion en présence de l’ennemi chaque peine sera différente. Jean Zay sera incarcéré dans la prison de Clermont Ferrand. Pendant longtemps, il croit que la justice va lui rendre sa liberté car tous les papiers prouvent sa bonne foi. Mais il dérange, surtout un homme de telles convictions. Le verdict est implacable : dégradation militaire et déportation. Une peine qui n’a pas été donnée depuis des années. On le transfère à la prison de Marseille puis de Riom. Lors d’un déplacement, il est exécuté le 20 juin 1944 par des miliciens français. Son corps sera jeté dans un puit afin que l’on ne puisse jamais le retrouver.

@Gabriel ALbold

Une histoire bouleversante d’autant plus qu’elle est véridique et injuste. René Albold décide de redonner les lettres de noblesse de cet homme un peu oublié qui vient d’entrer au Panthéon. Il décide de mettre en scène la correspondance presque quotidienne de Jean Zay dont la dernière lettre date du 19 juin 1944 et un journal qu’il a tenu jusqu’au 7 octobre 1943, pendant son incarcération. Une belle plume au service de l’espoir et de l’amour sans faille qu’il a pour sa femme, Marguerite. Les deux talentueux comédiens, François Patisser et Gérard Salmon jouent avec sensibilité et justesse. Ils nous parlent et incarnent les personnages de cette terrible histoire. L’espace scénique se limite à un bureau et un lit. Cela suffit largement à être aussi bien présent lors de la sentence au tribunal qu’aux côté de Jean Zay dans sa cellule. Un juste milieu entre les faits historiques et l’émotion dégagées. Pour mettre du lien et de l’intensité, Camille Albold s’occupe de la partie musicale avec sa platine de sons électros et sa guitare électrique. Le mélange pourrait en apparence surprendre mais l’ensemble fusionne à merveille.

Un spectacle étonnant qui saura vous prendre par les émotions. Les vainqueurs écrivent certes l’Histoire mais le temps permet de redonner vie à des Hommes qui avaient à coeur la liberté et l’égalité de l’ensemble des citoyens.

Mon cher petit amour bien-aimé,
Voici la dernière étape, celle qui sera brève et au bout de laquelle nous nous retrouverons unis et
tranquilles dans notre bonheur, avec nos filles. Elle était
Inévitable ; Il faut la supporter avec courage et confiance, avec une certitude entière et une patience
inébranlable. Ainsi je ferai, même loin de toi, même sans nouvelles. Chacun de nous restera plus près
que jamais de la pensée de l’autre et lui inspirera à distance toute sa force. Je te confie mes filles, et
sais comment tu les garderas ; je te confie Papa, dis-lui surtout de n’avoir aucune inquiétude d’aucune
sorte ; tu le rassureras pleinement, ainsi que Jacqueline.
Je pars plein de bonne humeur et de force. Je n’ai jamais été si sûr de mon destin et de ma route. J’ai le
cœur et la conscience tranquilles. Je n’ai aucune peur. J’attendrai, comme je le dois, dans la paix de ma
pensée, l’heure de vous retrouver tous.
Je t’écrirai dès que je le pourrai. Mais, pour cent raisons, peut être resteras-tu sans nouvelles. Tu
pourras, au bout de quelques semaines, si tu le juges à propos, en demander par l’ambassade.
Consulte au besoin des amis. Mais, quoi qu’il arrive, pas d’angoisse, pas d’inquiétude. Chaque heure
nous rapprochera du bonheur retrouvé.
Embrasse Papa, Jacqueline, pour moi de tout mon cœur et dis-leur : « Confiance ! » Serre dans tes bras
mes petites filles bien-aimées.
Je t’aime, mon amour, de toute mon âme. J’emporte le réconfort de notre entretien de dimanche. Je
suis fier de toi. Je te dois déjà treize années de profond bonheur. D’autres nous sont dues.
Je t’aime et t’étreins sur mon cœur
A bientôt !
Jean Zay

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