Qui ne serait pas prêt à tout pour protéger sa fille ou sa petite-fille? M. Linh lui a été jusqu’à quitter sa terre natale pour espérer un meilleur avenir. Le voyage en vaut-il la peine?

La guerre créée de terrible ravage aussi bien à une patrie qu’aux hommes. Quand M. Linh découvre le corps de son fils et de sa belle-fille déchiquetés par une bombe, il sait qu’il ne lui reste qu’une chose à faire. Il faut fuir avec sa petite fille, Sang Dîu, tout juste âgée de 6 semaines. Partir dans un autre pays ne l’inquiète pas car c’est le mieux qu’il peut faire pour cet enfant qu’il aime tant. Qu’importe les regards amusés ou interrogateurs que les autres lui lancent. Il veille sur tout ce qui lui reste de sa famille. Par chance, ce petit bout de chou ne pleure jamais, ne crie jamais. Quand il arrive enfin sur sa terre d’accueil, la peur l’envahit doucement. On raconte que lorsqu’on sort du centre d’hébergement, on se fait attaquer, agresser, voler… Mais on l’incite doucement à voir dehors sans devoir aller forcément très loin. Il n’ira guère loin. Ce banc en face est déjà un nouveau monde, une porte grande ouverte vers l’inconnu. C’est là d’ailleurs, qu’il fait une rencontre qui change sa vie. Un homme seul l’aborde et lui parle. Toutefois, aucun ne parle la langue de l’autre. Ce n’est pas une excuse suffisante pour ne pas tendre l’oreille et écouter. Deux solitudes qui se rencontrent et qui apprennent à s’apprécier pour devenir amis. Ensemble, ils vont prendre un café ou manger au restaurant. Un petit rituel s’installe et enchante les deux hommes. Puis voilà que M. Linh est placé dans une maison de retraite. Comment le dire à son ami? Le lieu est fermée, on l’empêche de sortir. Par tous les moyens, il partira pour retrouver celui qui lui a redonner confiance. Une aventure peut-être trop grande pour lui.

Paul Claudel écrit son roman « La Petite Fille de Monsieur Linh » en 2005. L’adapter en pièce de théâtre est un défi que relève avec brio Sylvie Dorliat. Elle donne une nouvelle vie à l’histoire dans son écriture et aussi dans son interprétation. D’ailleurs, elle ajoute des éléments comme le fait de devenir mère. Un choix qui m’a un peu déstabilisé par moment. Comme si parfois deux histoires rentraient en conflit pour tenter de se fondre en un tout. Pourtant l’émotion vive, à fleur de peau est d’une intensité similaire partout où l’on nous guide. Le mystère sur cette petite fille s’épaissit même si des indices nous sont donnés ici et là. On entend une voix d’enfant enregistrée faire des commentaires. Une façon supplémentaire de troubler le spectateur? La mise en scène de Célia Nogues garde la douceur, la délicatesse et la poésie du récit. Jeux d’ombres et de contrastes, avec la tenue simple de la comédienne, une petite valise, de grands panneaux blanc, l’univers visuel est décrit. Il ne faut rien d’autre pour accompagner le spectateur dans ce voyage étonnant et cette rencontre surprenante. Parfois des petits gestes suffisent à dire beaucoup comme tu existes pour moi. Le travail de ces deux femmes nous fait sentir l’amour, la tendresse et la bienveillance présent dans le roman. On se laisse porter par des sentiments forts et touchants.

Une déchirante histoire d’un grand-père qui fuit la terreur pour un monde meilleur. L’amitié sera la plus belle des récompenses qu’il pourra avoir.

Où voir le spectacle?
Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris 

jusqu’au 11 août 2019

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