Certains artistes possèdent un talent incroyable donnant à l’ordinaire une magie rare. Raymond Devos arrivait en quelques mots à faire sourire les plus irréductibles gaulois. François Morel décide de lui rendre hommage avec la bonne dose de divagation nécessaire.

Si je vous dis : humoriste, jongleur de mots, de son, de sens et de balles à qui pensez-vous ? Un nom vous vient à l’esprit ? Raymond Devos doit vous venir à l’esprit. Cet humoriste a bercé ma jeunesse et m’a fait découvrir l’intelligence des jeux de mots et de la sémantique. Sous des airs d’un gars ordinaire, souriant, ce cachait une folie douce et un imaginaire sans frontière. Sur scène, il était accompagné d’un pianiste Jean-Michel Thierry puis Hervé Guido. Texte, musique, cirque faisaient partie d’un tout pour emmener les spectateurs au plus proche de l’improbable.

François Morel lui aussi adore les voyages en absurdie. Il a su se faire connaître du grand public grâce aux Deschiens de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Depuis, il a incarné bien des personnages au théâtre. Il n’oublie pas sa passion pour l’inattendue via des chroniques radiophoniques. Mais sommeil en lui une envie de rendre hommage à un des humoristes les plus talentueux de la nation. Alors il lui consacre un livre « Raymond Devos, la raison du plus fou ». Puis en 2018, il monte sur scène lui aussi accompagné d’un pianiste, Antoine Sahler avec un spectacle particulier. Le titre veut tout dire : « J’ai des doutes ». Il redonne vie aux sketches de son idole. Une chose incroyable se produit dans la salle : le public rit. L’humour de Devos est intemporel et intergénérationnel.

L’humoriste, auteur et comédien François Morel montre aussi son respect pour Devos. Il débute avec un texte plein de tendresse où deux créateurs se rencontrent : celui de l’univers et cela d’un univers. Le comble pour un athée. Dieu ne sera pas au bout de ses peines car Raymond fait même rire les anges. Alors pourquoi ces mots ne pourraient-ils faire rire les humains ? Le temps d’une profonde respiration le temps s’envole à grande vitesse pour laisser juste le rire des spectateurs raisonner. Donner cette délicieuse impression de partager un moment rare avec des inconnus venu un instant s’émerveiller de la beauté des mots.

François Morel ne cherche à copier l’homme-orchestre. Chacun cultive son monde. L’hommage se fait à travers le regard de celui qui créé et celui qui aime. Il ne possède pas le talent multi-instrumentaliste ou circassien. Mais il a ce visage si expressif qui d’un regard arrive à faire rire simplement. Aussitôt une connivence avec le public se met en scène, sublimé par la complicité qu’il partage avec son partenaire d’incohérences maîtrisées. Le résultat est là avec ces sourires qui s’affichent dès le début de la représentation et avec lequel chacun de spectateur va repartir. Histoire d’amour, de chien, d’amitié, de ville de fous, de clou…  les textes nous parlent. La gaîté est de mise pour faire un pied de nez à la méchanceté, à la médiocrité et à l’art de cultiver les mauvaises nouvelles. La chaleur des applaudissements raisonne dans la grande salle de la Scala tel un remerciement d’avoir insuffler de la joie de vivre. Ce n’est pas un hasard si François Morel a reçu un Molière en 2019 pour ce spectacle.

Merci Monsieur Morel de rendre un aussi bel hommage à la noblesse d’un cœur et d’un humour qui ne veut que remettre de la douceur dans un monde sauvage. Merci et Bravo. 

Où voir le spectacle?
La Scala
13 boulevard de Strasbourg
75010 Paris

Jusqu’au 5 janvier 2020

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