Henri Salvador chantait « Le travail c’est la santé ». Philippe Fertray ne partage pas tout à fait cette vision des choses. Il se met « En mode projet » pour vous expliquer pourquoi.

Comme la fauvette qui zinzinule, de nombreux chômeurs rêvent de prendre leur envol en trouvant un travail. Philippe Fertray se transforme en formateur chez Paul Empoil pour un atelier collectif de motivation de chercheurs de travail. « Vous vous êtes fait décruter » maintenant il faut trouver l’énergie d’aller de l’avant sinon on ne verra pas en vous que votre « désemployabilité ».  Il faut dire adieu à « l’économie solitaire ». Vous entendez la grive qui babille ? Elle aussi veut se faire remarquer. Il faut réfléchir à son futur. « Dans quel type de projet allez-vous lancer ? » Attention car il faut « sortir loose loose par le winwin. »

photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés.

Puis c’est aux participants de ce stage de faire entendre leurs voix l’un après l’autre. Philippe Fertray a crée une mise en scène originale. Les branches avec des accessoires correspondent à une personnalité qui vont évoluer. Une fois qu’il se fait sien l’objet il devient autre. Il devient à la fois Nadeja passionnée de coiffure qui se plaint du « cheveucide » à cause des hommes de plus en plus chauves. Jean-Karim, breton du 93 qui avait une petite activité dans le « développement durable à tendance lymphatique ». Il faut qu’il se projette autrement et il a l’idée de visite touristiques dans le 9 3 à la découverte des multiples cultures qui y vivent. Kevin-Alain lui a un « CAP chanteur », « star internationale bilingue ». Il attend qu’un producteur produise son album de dance. Kim Jean-Luc, possède un MBA et obsédé par le numérique qui remplacera l’Homme. Qu’importe c’est « invisible, sans douleur ». Et enfin, Alfred Carnu, « J’adorais le targetting ». Un jour il est tombé de sa chaise et c’est retrouvé chez Paul Emploi.

photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés.

Le comédien donne vie, fougue et passion à tous ces personnages très caricaturaux. Normal, car rien de mieux que de pousser les extrêmes pour montrer l’absurdité du monde du travail. La société pousse à l’individualisme, à la solitude alors qu’« il faut pas céder, c’est le moment de s’aider ». Un jeu de mot qui est à l’image de l’artiste qui adore jongler avec aussi bien avec les sons que les sens. Un funambule des langages courant, professionnel, vernaculaire… qu’il maîtrise pour surprendre avec finesse et intelligence. Il n’oublie pas le chant des oiseaux : le geai qui cajole, la caille qui margotte ou l’étourneau qui jase. Un chant à la liberté peut-être. Tout est pensé pour surprendre et inciter à la réflexion.

photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés.

Il s’était d’ailleurs très bien illustré dans cette exercice dans son précédent spectacle « Pas d’souci ? Halte aux abus textuels ». A nouveau, il montre son aisance sur scène, dans son corps. Il n’hésite pas à prendre la gestuel clichée de ces personnages, à bondir, sauter, courir. L’homme est infatigable surtout qu’il veut faire entendre son cri, son chant d’oiseaux au droit à la différence, à l’espoir et aux rêves. Pour cela, il est prêt à tout et refuse de renoncer à quoi que ce soit. Son énergie est son bouclé et ses mots sont son épée. Un militant artiviste dans sa splendeur.

photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés.

Philippe Fertray se veut agitateur d’humanité. Une idée qui va bien au-delà du mode projet.

Où voir le spectacle?
Au théâtre de la Contrescarpe 
5 rue Blainville
75005 Paris

jusqu’au 28 septembre 20

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