Vous pourriez dire, « Quoi encore une adaptation de Cyrano? Je n’y vais pas ». Vous auriez tort, car si certains prennent le risque de redonner vie à un si splendide texte, c’est pour y inoculer un nouveau regard. Que diriez-vous de vous laisser surprendre?

L’imaginaire n’a de limite qu’à celui qui n’ose pas, à celui qui a fermé son esprit à tous les chemins du possible. Bastien Ossart prouve qu’il est de ces hommes qui peuvent insuffler de la folie, de la douceur et de la magie dans un classique tel « Cyrano de Bergerac ». Alors il ose avec ingéniosité, singularité et talent relevé un défi de taille. Le metteur en scène a une volonté de fer et annonce : « A ceux qui gravissent des montagnes, deux choix s’offrent à eux : raconter leur périple ou raconter la beauté de la montagne. Nous sommes de ceux qui veulent raconter la beauté de la montagne. Tout a été dit, montré, monté.. Vraiment? ».

Photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

Certains auraient tendance à répondre oui de façon catégorique. Ils ont vu l’excellent film de Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu sorti en 1990. Ils ont vu l’adaptation à la Comédie Française avec le fabuleux Michel Vuillermoz ou avec Francis Huster, Marc Weber, Philippe Torreton… Ils ont vu l’interprétation dans des décors grandioses d’époque, des décors bruts, dans des costumes anciens ou modernes, dans Paris ou dans un asile. Alors que peut-on faire d’autre?

La compagnie Théâtre Les pieds nus propose sur scène 3 femmes. 3 comédiennes aussi éblouissantes et brillantes les unes que les autres. Elles aussi ont accepté ce challenge de donner une nouvelle vie à cette tragique histoire d’amour. Déjà, le rôle titre souvent interprété par un homme d’âge mur est ici partagé par Iana-Serena de Freitas, Lucie Delpierre et Marjorie de Larquier (en alternance avec Nataly Florez). Chacune porte au moment de la prise de parole un masque qui rappellent ceux de la Comedia dell Arte. Impossible de se tromper de personnage et toutes lui donnent force, sensibilité et courage au cours de l’histoire. Une façon de dire que Cyrano c’est un peu chacun de nous aussi. Une personne qui parfois veut s’élever contre les conventions sociales. Quelqu’un qui risque de dire non aux propositions les plus alléchantes pour garder sa liberté même si cela le pousse à la solitude. Il brave des interdits grâce à sa verve, sa dextérité, ses doutes et ses fragilités.

Photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

Pour créer un esprit intimiste, le spectacle se joue à la lumière des bougies comme à l’époque de Molière. A l’exception que, lorsque la bougie s’éteint ce n’est pas la fin de l’acte. Une ambiance chaleureuse se dégage car même la salle se trouve parsemé de ces luminaires. On se sent en bonne condition pour un voyage plein de rebondissements et d’amour déçu. C’est important car sur scène il ni a aucun décor. Tout se fait par l’interprétation bluffante des comédiennes qui nous tiennent en haleine pendant 1h40. Elles portent des costumes baroques, visages maquillés de blanc, lèvres rougies, avec quelques masques et des changements de costumes. Tout cela suffit. Vous vous demandez comment faire la scène du balcon alors? Il suffit de descendre de scène et d’aller derrière un rideau. Des scènes mythiques sont même détournées comme la fameuse scène du nez ou la gourmande recette de la tarte amandine qui va aller jusqu’à une dégustation de gâteau par le public.

Photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

On comprend tout et on se laisse happer par le récit si bien écrit par Edmond Rostand et très bien adapté par Bastien Ossart. Il trouve toujours la bonne musique au bon moment pour encore mieux développer en nous ces sentiments de fougue, de passion et de tristesse. Là aussi, il joue avec les genres musicaux n’hésitant pas à mélanger musique classique et musique du monde. Une harmonie parfaite se dégage dès le début de la représentation faisant fuir le temps qui passe. Impossible de ne pas être émerveillé par tout ce qui se déroule devant nos yeux comme si c’était la première fois que nous découvrions cette pièce de théâtre.

Un spectacle qui ne manque vraiment pas de panache. Allez-y vous en serez convaincu.

Où voir le spectacle?
Funambule Montmartre
53, Rue des Saule
75018 Paris

Jusqu’au 27 octobre 2019

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