La tranquillité d’un couple bourgeois va être totalement bouleversée par une infidélité. Une insensée passion peut-elle remettre en cause l’organisation d’une famille, sa propre stabilité mentale et son regard sur le monde? Si la réponse est oui, alors vers quel chemin de folie cela peut emporter l’Homme?

Ingmar Bergman définissait son métier de la façon suivante : « Je travaille uniquement sur cette tâche minuscule qu’est l’être humain. C’est lui que j’essaie de disséquer, d’analyser de plus en plus intimement, pour en découvrir les secrets ». Il explore tout cela dans son roman « Enskilda samtal » traduit par « Entretiens privés ». La compagnie The Wild Donkeys décide de s’approprier l’histoire et de la mettre en scène tout comme Liv Ullmann avec son film sorti 1995. On rencontre Anna Bergman en juillet 1925 où elle retrouve pas hasard l’oncle Jacob qui s’est chargé de sa confirmation dix-huit ans auparavant. Sa culpabilité lui pèse beaucoup sur la conscience. Elle ressent le besoin de se confesser à quelqu’un qui ne doit pas la juger : « Je suis une épouse infidèle. Je trompe Henrik ». Il lui donne le conseil de tout avouer à son mari et enfin elle pourra connaître la paix intérieure. La passion doit-elle mener au désespoir? Après réflexion, elle ouvre son coeur à son mari. Au début, il est à l’écoute avant de sombrer dans la déraison et la perversion. L’amour qu’elle pouvait porter à son mari il y a bien longtemps s’est complètement éteint. Même lorsqu’il la touche, elle se sent sali. Mais quand cet apprenti pasteur, Toma, lui fait l’amour, elle redevient une femme. Elle redevient vivante. Mais tout doit prendre fin pour le bien-être des enfants, de cet amant qui ne doit aimer que dieu et pour l’équilibre de son mari. La fragilité des êtres est mis en exergue et la perte de chacun est inéluctable.

Photo Guido MencariPhoto Guido Mencari

Le metteur en scène et scénariste suédois questionne dans son oeuvre l’amour, la vie, la maladie, le rapport à la mort et à la religion. La mise en scène de Serge Nicolaï exploite avec frasque ces thématiques. Déjà, il utilise l’ensemble du plateau avec un décor très sommaire. Un lit, une table, des chaises, des petits meubles. Le public est lui aussi sur le plateau, installé sur des gradins au plus proche des artistes, au plus proche d’Anna, interprétée avec force et émotion par Olivia Corsini. L’histoire se construit comme un film où l’on place le spectateur au plus proche de l’affect du personnage principal. On utilise les flash-backs avec une construction très cinématographique. Quel régal pour les yeux. Même si l’inconfort des sièges se fait ressentir, on a envie de rester captiver car nous voilà plongé au coeur d’un tourbillon affectif conflictuel. Une passion qui se montre par deux corps sublimés par une douce lumière les éclairant après leurs ébats. La femme se détend en nageant dans la piscine. Au préalable, Anna se déshabille, enfile son maillot de bain et se déplace avec une bouteille d’eau. Elle s’asperge et nage à même le sol. C’est incroyable et pourtant notre imaginaire construit ce qui ne se voit pas. Le désarroi se fait sentir petit à petit. Un homme en noir qui prend possession des corps des comédiens et qui les fait danser sur une musique assez angoissante. Le subconscient tente de s’exprimer. Un échappatoire peut-il se dessiner?

Photo Guido Mencari

« On ne peut pas faire violence à la vérité sans que ça tourne mal. » est écrit à la craie en fond de scène. Cela résume parfaitement cette histoire qui montre les complexités et les contradictions de l’être humain.

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