Sophie, malgré sa jeunesse et sa beauté est persuadée d’être Joseph Rosenblath. Ces souvenirs sont ceux d’un vieux juif de 77 ans, ancien déporté et tourmenté. Que se cache-t-il derrière ce dédoublement de personnalité ?

Amanda Sthers écrit sa pièce de théâtre en 2006. « Le vieux juif Blonde » rencontre aussitôt son public et fait le tour du monde en plusieurs langues. Cette année, le spectacle fait son retour à Paris, au théâtre des Mathurins. On retrouve notre charmante Sophie, 20 ans, blonde, les yeux bleus, la vie devant soi. Sauf qu’elle est persuadée d’être Joseph Rosenblath, un vieux juif qui a connu la déportation et la perte de ces amis. Ces parents sont désemparés face à ce surprenant dédoublement de personnalité. Afin d’aider leur fille, elle va aller consulter des psychologues. L’évolution n’est pas vraiment visible au quotidien et le fait que sa mère pleure tout le temps n’aide pas. Mais doucement des brides de mémoires vont revenir jusqu’à cette phrase : « J’aurais préféré que cela soit toi qui meure ». Un électrochoc brutal, violent qui fait revenir en mémoire à la jeune fille ces souvenirs. Toutes ces informations qui lui reviennent et qui la bouleversent. Pour éviter d’affronter la perte d’un être cher parfois on préfère s’inventer un personnage qui sait la gérer la souffrance.

Photo © Richebé

Une histoire incroyable sur le chevauchement d’identité pour fuir la douleur. Pour tenir le rôle de Sophie, il faut certes une comédienne avec un physique pétillant de jeunesse et de beauté. Mais surtout, il faut une jeune femme talentueuse capable d’exprimer avec émotion la traversée tumultueuse d’une quête de soi. Camille Razat éblouit par la justesse de son jeu. Les larmes au coin des yeux, elle n’hésite jamais à prendre le spectateur à partie dans son tourment en le fixant du regard. Difficile de ne pas être emporté dans son récit, tellement les mots sonnent juste et avec conviction. Elle occupe tout l’espace pour parler de la cruauté humaine mais aussi d’amour. Sur son passage, elle dévore tout dans une fragilité à fleur de peau. Et pour cette première au théâtre, Camille Razat brille de mille feux dans sa capacité à transmettre des émotions. Je ne doute pas un instant qu’on retrouvera très vite un tel talent sur scène. D’ailleurs, elle n’est pas vraiment seule car le violoncelliste Stanislav Makovsky l’accompagne en soulignant avec délicatesse les souvenirs qui s’entrechoquent.

« Le vieux juif blonde » permet de découvrir Camille Razat qui donne toute la sensibilité et la poésie à ce texte complexe.

jusqu’au 23 décembre 2018

Théâtre des Mathurins
36 rue des Mathurins
75008 Paris

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