Aff_PrixT13_petiteDans le cadre du festival du jeune metteur en scène au théâtre 13, Ivan Off d’Anton Tchekhov ouvre les festivités. C’est la metteure en scène Heidi-Eva Clavier qui tente de donner un nouveau sens à cette histoire d’un homme incompris. Que signifie ce silence d’Ivanov ?

1h15 de spectacle à la rencontre de personnages russes joyeux et mauvaises langues. Ils parlent tous ou presque car Ivanov garde invariablement le silence. Un silence que chacun interprète selon sa vision du monde. Pourquoi ne parle t’il pas ? Tristesse ? Lassitude ? Dépression ? Egoïsme ? Tout tourne autour de lui, magnifiquement interprété parGuillaume Laloux qui doit faire passer sa réaction juste par le regard et le langage du corps.

Sa femme, Anna Petrovna (Laureline Le Bris-Cep) qui a tout sacrifié pour lui, elle l’aime à en mourir. D’ailleurs, c’est ce qui va arriver et permettre ainsi à Ivanov de se marier avec la très jeune et jolie Sacha (Pauline Tricot). La nouvelle belle famille n’est pas totalement heureuse de l’accueillir car il est en dette envers eux. La mère, Zinaïda Savvichna (Hélène Bressiant) va même déduire le montant de l’emprunt de la dote de sa fille. Le père,Lébédev (Julien Barret) est plus coulant et va même prêter de l’argent.

Gabriel Tur
Gabriel Tur

Le médecin d’Anna Petrovna, Lvov (Gabriel Tur) va colporter de nombreux ragots et envoyer des lettres anonymes pour pourrir la réputation d’Ivanov. Ces histoires vont être colportées de maison en maison. D’ailleurs, une proche voisine, Babakina (Elsa Epis) va aimer les partager avec Zinaïda Savvichna et les voisins. Borkine (Maxime Gleizes) va rester un ami fidèle d’Ivanov tout en montrant son côté fantasque et exubérant.

L’histoire à l’apparence ennuyante est redynamisée, en partie, seulement par la très originale mise en scène d’Heidi-Eva Clavier et aussi l’excellent jeu de ces comédiens bourrés d’énergie et de force. C’est sans demi-mesure qu’ils sont les personnages. Ils les interprètent avec une véracité surprenante et très agréable. Difficile de préférer un comédien plus qu’un autre, tellement le niveau est bon. Même si j’ai adoré le personnage de Borkine par Maxime Gleizes, que j’ai trouvé très attachant et celui d’Anna Petrovna par Laureline Le Bris-Cep, rempli de sincérité et de douce folie.

Laureline Le Bris-Cep
Laureline Le Bris-Cep

La mise en scène parlons-en, puisque c’est elle qui est au cœur de ce festival. Quelques comédiens sont déjà sur scène lorsque le public. Un Ivanov, assis tranquillement l’esprit vagabond et au fond derrière, l’espace scénique, une personne chante accompagnée d’un guitariste. J’ai apprécié ce générique de présentation. L’espace est délimité par une zone de terre sur laquelle vont et viennent quelques objets et meubles. Juste une fenêtre posée au sol au début, va doucement prendre de la hauteur. Tout y est harmonieusement bien mis et poser et les comédiens s’y meuvent avec une aisance surprenante. J’ai aimé cette fin, où la voie d’Ivanov enfin raisonne, non par la bouche du personnage, mais par une voix off, comme si on entendait les pensées d’un homme qui cultive les silences.

Mais voilà, il y a un petit quelque chose de gênant, de trop long ou de trop inabouti. L’ennui vient vite entre les scènes, entre les noirs. Lorsque tout se mettent à chanter, même Ivanof, presque tout le public s’est mis à applaudir. Sauf que ce n’était pas la fin, il restait encore 15 bonnes minutes de spectacle. Des longueurs se font sentir et Morphée se fait plus insistant à chaque minute qui passe. Heureusement que l’énergie des comédiens se transmets au public et que quelques répliques sont drôles sinon tout le monde dormirait profondément. Un texte qui a été modifié et adapté, car je crois que Tchekhov n’a pas trop connu les suffragettes. D’où peut-être la liberté dans le titre Ivan Off que je trouve excellent, c’est d’ailleurs même cela qui m’a donné envie de voir le spectacle.

Une critique d’une Russie stagnante et qui ne veut pas entendre le cri du changement.Tchekhov nous le sert avec force et humour dans cette histoire. Les comédiens tiennent leurs personnages au bout des lèvres menant ce récit avec force pour compléter une mise en scène légère et élégante.

Lien vers le théâtre 13

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